J’ai arrêté seule de boire, je suis abstinente, j’en suis fière, mais je ne suis pas heureuse

Quelle victoire cela doit être pour vous ! Je comprends que vous exprimiez votre fierté d’avoir réussi à sortir de la dépendance de l’alcool. C’est un produit de consommation courante, aux effets agréables et bienfaisants au début, mais qui dans certaines circonstances de vie et une consommation excessive peut devenir une drogue puissante et redoutable.

Quel courage et quelle force cela a dû vous demander pour réussir cela. Et le réussir seule ! D’ailleurs, et je ne sais pas si cela a été votre cas, il n’est pas toujours facile, même quand on le voudrait, de trouver de l’aide quand on est en difficulté ou malade à cause de l’alcool. Il y a tant de mauvaises images qui sont renvoyées. Ce sont elles qui écrasent et empêchent d’en parler, même à des professionnels de santé spécialisés.
Aujourd’hui, malgré cette victoire, vous sentez qu’il vous manque « quelque chose » pour être heureuse. Ce doit être une profonde souffrance.

« Sentir », cependant, est une de nos capacités fondamentales, dont malheureusement nous sommes trop souvent coupés. Une aptitude que l’alcool, par exemple, peut étouffer et anesthésier. C’est notre équipement de naissance, toute la richesse de notre intelligence émotionnelle. Elle est en nous comme un GPS qui nous envoie un signal : « ça va bien pour toi, tu es sur le juste chemin de ta vie » ou bien « ça ne va pas pour toi, tu as besoin de quelque chose ». C’est constitutif de l’humain que nous sommes, ce qui nous met en contact avec nous-mêmes, avec nos besoins vitaux : le besoin de sécurité, d’être aimé et d’aimer, d’être respecté, d’être reconnu. Plus nous utilisons notre GPS, plus nous osons sentir et écouter en nous, même ce qui est douloureux, plus nous pouvons découvrir ce dont nous avons besoin pour VIVRE et pour vivre le plus HEUREUX possible.

C’est une des beautés et grandeurs de l’être humain arrivé à sa maturité adulte que cette capacité de nous assumer ; c’est à dire, au fond, d’apprendre à repérer et répondre à nos besoins, parfois seul, comme vous l’avez fait pour l’arrêt de l’alcool, mais aussi en cherchant de l’aide auprès d’autres, lorsque nous ne savons pas comment faire ou que nous n’avons pas tous les outils nécessaires.

Vous êtes invitée, me semble t-il, à faire confiance à ce ressenti. A accueillir et écouter ce manque en vous pour découvrir ce « quelque chose » si précieux qu’il est nécessaire à votre bonheur…
Rechercher ce trésor, seule ou avec des amis à qui vous pouvez vous en ouvrir. Il y a aussi des espaces de parole qui peuvent aider à mieux se connaître et reconnaître ses besoins, comme celui proposé par les psychologues, ou encore l’accompagnement spirituel.

Je n’oublie pas non plus la prière. La vôtre, si vous êtes croyante, mais aussi celle des croyants qui vous entourent. Pour ma part, je vous confie pour que le Seigneur Jésus-Christ, qui accueille et rejoint le désir de tout personne, accueille votre désir d’être heureuse et vous donne la grâce de le réaliser !