Je suis catholique et accro au porno et je ne me sens pas en règle avec la morale de l’Église.

Je suis touchée par ce que vous dites, car au fond il me semble qu’à travers cette question, cet inconfort, ce tiraillement, vous exprimez aussi une grâce : l’Esprit Saint qui travaille en vous, vous fait sentir qu’il y a peut-être dans cette addiction au porno quelque chose qui n’est pas pour vous source de croissance, de vie, de bonheur. Car la morale, c’est surtout un guide qui nous interpelle sur ce qui risque de nous abîmer, de porter atteinte à la vie, à la dignité, à l’humanisation de l’homme ou de la femme. Vous faites écho à la phrase de Jean-Paul II « Au fond de toi-même, écoute la conscience qui t’appelle à être pur… » [1]

L’addiction est souvent comparée à une prison. Celle d’un produit, d’une pulsion, d’un comportement. Sans parler aussi de la prison du silence et de la honte qui peu à peu nous enferment. Quelle souffrance cela peut être que cette lutte qui semble nous réduire la plupart du temps à l’impuissance. Pourtant les pulsions sont à l’origine en nous un signal de vie, le signal d’un besoin, même si trop souvent c’est un besoin que nous ne savons pas bien entendre et traduire et qui dans le cas de l’addiction trouve une réponse mauvaise puisqu’elle nous réduit en esclavage.

J’ai confiance, car si vous le désirez, vous pourriez être aidé par une écoute professionnelle. Préparée à accueillir vos besoins, cette personne, formée, pourrait vous apprendre à les entendre pour découvrir d’autres réponses. Sans nier ce qui vous assaille, elle vous conduirait à écouter votre corps.

Le Christ-Jésus est venu pour que nous ayons la vie en plénitude. La plénitude, c’est que toutes nos forces vives s’épanouissent, que toutes les richesses et le potentiel de notre humanité se déploient au service de la vie, et que la lumière de son amour puisse éclairer nos zones d’ombre, et libérer ce qui nous emprisonne…
Vous pouvez vous confier au Seigneur qui est tout amour et toute miséricorde, demandez-lui son appui, en lui confiant votre difficulté, votre souffrance, votre désir aussi.

« Un pauvre crie… le Seigneur entend », nous dit le Psaume 33. Vous aussi vous pouvez crier vers lui et Lui demander de vous éclairer, de vous aider à vous aimer vous-même comme il vous aime, à vous écouter comme il écoute chacun. Nous prions avec et pour vous.

[1Rencontre avec les nouvelles générations au stade municipal Alarobia à Antananarivo, 29 avril 1989. In Libres !, Éditions de L’Emmanuel, 2015